08.08.2009

Un 4 août rétrograde ?

ars2.jpgPour un français, le 4 août, c'est la nuit qui va avec et qui marque l'abolition des privilèges, la fin de l'Ancien Régime.

Pour un catholique "à la Jean-Paul II et Benoit XVI", le 4 août c'est la St Jean Marie Vianney, le curé d'Ars.

Benoit XVI a décrété que cette année serait "l'Année sacerdotale", une année de réflexions et de prières autour du thème du prêtre. A Rome, une grande célébration a mis en exergue la figure du curé d'Ars, et Benoit XVI, dans la foulée d'autres pontifes du XXe siècle souhaite le proclamer à nouveau "saint patron de tous les prêtres du monde".

Gouverner - en matière de religion comme en politique - se fait par la parole et les symboles. Et ce symbole là ne me plait pas du tout.


Il sera moins remarqué que d'autres (la fameuse levée des excommunications). Il n'en est pas moins significatif. Cette opération en dit long sur la façon dont les gouvernants de l'Eglise catholique aujourd'hui envisage l'avenir des ministères dans l'Eglise et la question des prêtres.

Le curé d'Ars est une des figures d'aboutissement du prêtre selon le Concile de Trente (1545 - 1563). Ce concile fut le concile de la Contre-Réforme, de la réplique de l'Eglise catholique aux appels à la réforme de l'Eglise lancés par Luther, Zwingli, Calvin et tant d'autres. Ces mouvements allaient donner naissance à de nouvelles églises qu'on appellerait bientôt "protestantes".statue curé d'Ars.jpg

Mais c'est quoi, le prêtre idéal vu par le concile de Trente ?

C'est un clerc, bien formé certes, mais formé à l'écart du monde, dans des lieux clos et séparés imitant le monastère. C'est un célibataire consacré, comme un moine. Il a été formé selon l'esprit d'un christianisme ascétique et doloriste, avec une théologie de l'eucharistie qui insiste exagérément sur la reproduction (sacramentelle) du sacrifice de la croix. Il a été formé avec la certitude qu'il est un intermédiaire indispensable entre les fidèles et le divin, qu'il est donc un "sacerdote", un homme du sacré, chargé d'un pouvoir du même nom : le pouvoir sacré. Et seuls les prêtres et les évêques sont détenteurs de pouvoirs dans cette Egise. On a même pu dire avec raison que dans l'Eglise de Trente, le laïc chrétien est un citoyen de seconde zone. Le seul "vrai" membre de l'Eglise, celui qui peut y opérer et y parler, c'est le prêtre (admirez le singulier conceptuel, qui fait du Prêtre un universal). Les laïcs sont, symboliquement et physiquement, agenouillés derrière la barrière de la table de communion. Ils sont agenouillés au "tribunal du confessionnal" où Mr le curé en soutane et surplis entend "ses" ouailles (=brebis).

Avec ses marathons au confessionnal (17 h en une journée parait-il !), avec ses luttes contre le démon qui le tourmentait dans sa chambre, avec ses légendes attendrissantes (A l'enfant qui lui a montré le chemin de sa nouvelle paroisse, le curé arrivant fait cette réponse : "Petit, tu m'as montré le chemin d'Ars, moi je te montrerai le chemin du Ciel") le curé d'Ars est  une très belle tête de gondole pour une Eglise qui se réfère à l'Imitation de Jésus-Christ plus qu'à l'Evangile directement. Il est l'admirable frère d'autres non-moins admirables curés comme le petit prêtre anonyme du Journal d'un curé de campagne (Bernanos)

Mais il a pour moi peu à voir avec les prêtres ouvriers des années 1950, les jésuites scientifiques comme le père Teilhard de Chardin, les apôtres sud-américians de la théologie de la libération. Voilà d'autres figures de prêtres qui auraient pû proposées au regard aujourd'hui pour cette "Année du prêtre" que propose Benoit XVI.

Bref : un geste symbolique peu important pour la marche immédiate du monde. Mais qui nous redit discrètement que l'Eglise catholique continue à marcher glorieusement à reculons pour entrer dans ce troisième millénaire.

Vincent Cabanel

 

Références :

Article de La Croix sur l'Année sacerdotale


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