06.03.2009
Boutin appelle Jospin à son secours contre la famille homosexuelle
Revoilà la Christine, cheveux coiffés par un pétard pour faire ‘djeun’. Et en pétard contre sa collègue Nadine Morano. Tout ça parce que dans l’avant-projet de loi sur "l'autorité parentale et les droits des tiers", dans l’exposé des motifs, une petite phrase indique que les droits des beaux-parents d’un enfant concernent également les "30.000 enfants qui vivraient dans un foyer composé de deux adultes de même sexe". (conditionnel parce que les statistiques ne sont pas certaines). Pour Christine, c’est l’abomination de la désolation qui apparaît : le spectre de la légitimation, puis de la légalisation de la famille homoparentale !
Le front commun se reforme avec les habituels Christian Vanneste et Marine Le Pen (le premier est peut être sincère, la seconde opportuniste, mais les deux sont odieux). Quant à Christine, …. mais je m’égare.
Beaucoup de blogs s’élèvent avec véhémence contre cette trinité pas très sainte, certains expriment un certain désespoir devent ces réactions conservatrices.
La loi et la réglementation avancent certainement trop lentement pour les familles homoparentales, pour les couples d’hommes et de femmes qui élèvent des enfants, pour les hommes et les femmes homosexuel(le)s qui souhaitent pouvoir vivre un jour cette aventure parentale. De plus, l’avocate Caroline Mécary le souligne : même si le projet Morano aboutit, il ne créera en fait rien de réellement nouveau par rapport à loi de 2002 (celle à laquelle se réfère Christine Boutin dans la video de cette note). On pourrait dire que ce texte ne mérite ni cet excès d’honneur ni cette indignité.
Effectivement, le combat pour l’égalité des droits va être encore long. Mais l’élément tout petit qui suscite ce débat est de l’ordre du symbole ! Et les symboles sont le terreau vivant qui nourrit l’imaginaire d’une société.
L’éditorialiste Thomas Legrand (France Inter) faisait remarquer mercredi dernier que le « mini-débat » qui oppose ces deux membres du gouvernement : Nadine Morano (Famile) et Christine Boutin (Logement) sur la question de l’homoparentalité, le fait que la droite « porte » un sujet de société « progressiste », réputé plutôt « de gauche » est un signe qu’on peut lire d’une façon très positive : « paradoxalement, il a de quoi réjouir tous les progressistes puisque quand un sujet réputé de gauche en est à diviser la droite, c’est, tout simplement qu’il est majoritaire dans le pays ! »
Avec lui je pense que le changement des mentalités est sur la bonne voie dans ce pays conservateur qu’est la France. Restons vigilants et actifs bien sûr !
L’importance du PaCS (loi du 15 novembre 1999) est à cet égard caractéristique : plus encore peut-être que la loi elle-même (moins de 10 % des PaCS sont conclus entre personnes du même sexe), c’est ce qui s’est passé AUTOUR de la loi, les débats publics et privés qui ont entouré sa préparation et sa promulgation, qui a accéléré le changement des mentalités. Le téléfilm « Juste une question d’amour » est comme un marqueur de cette histoire : en janvier 2000 pour la première fois une chaîne publique France 2 diffusait en prime time, une histoire d’amour toute simple entre deux hommes normaux sont faire l’impasse sur une scène de baiser fougueux et romantique à souhait.
Revers de la médaille : le PaCS a très peu bougé depuis 10 ans malgré les promesses des uns et des autres, et la France tarde à avancer sur la voie du mariage homosexuel où l’Espagne l’a précédé depuis 4 ans déjà. La France reste, hélas, un pays fondamentalement très conservateur, qui ne met la gauche au pouvoir que par accident.
Il ne faudrait pas que l’arbre – même important et cher à mes yeux – des familles homoparentales cachent la forêt : il y a aussi les "1,6 millions d'enfants vivant au sein d'une famille recomposée, 2,7 millions dans un foyer monoparental". Et le rapport de 2006 soulignait fortement que « Le taux de pauvreté des familles monoparentales est proche du double de celui de l'ensemble de la population ».
Pour le dire autrement : la famille homoparentale est la part la plus « médiatiquement attractive » (aujourd’hui , autrefois, le divorce, les « filles-mères », ça faisait nouveau, maintenant on s’est habitué) du mouvement continu - depuis plusieurs décennies – de reconfiguration des structures familiales. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire, mais c’est vrai que ça bouscule : nous changeons de monde !
Christine Boutin (et les cathos conservateurs avec elles) a culturellement tort : ses différentes interventions marquent ses pathétiques et successifs «recul du front » : dans la video, on la voit contrainte de se raccrocher à … Lionel Jospin pour trouver du soutien, à un autre moment ("je suis désolée de vous le dire mais Mr Jospin avait très bien fait les choses"), c’est « la Crise » qui sert de prétexte, (« Dans un moment de crise comme nous en traversons, lancer un débat de société qui trouble les repères n’est pas du tout adapté. » ), puis enfin, taclée en conseil des ministres mercredi par Tsarko qui tolère mal d’autres énervés que lui à ses côtés, elle trouve un angle d’attaque plus large («Ce n'est pas un problème d'homosexualité, a-t-elle dit. Ce texte pose un problème plus large. Il va augmenter la suprématie de la famille sociale sur la famille biologique.»)
Encore plus intéressant : est-ce involontairement que Christine Boutin parle plusieurs fois, emportée par sa fougue, de "famille homosexuelle" ? Cela vaut reconnaissance ! Nadine Morano quant à elle évite soigneusement l'expression (qui fâche beaucoup Christian Vanneste). La ligne de front du combat du combat catho et religieux consiste à tenir que le couple c'est un homme et une femme, et que la famille, c'es papa et maman avec les enfants. Dans cette logique de résistance désespérée : on ne dit pas "un couple homosexuel" mais par exemple "une paire, un binôme,..." tout ce que vous voulez, mais surtout pas "un couple". Idem pour la famille. Bref, sans le vouloir peut-être, Christine Boutin montre par ses paroles qu'elle même - quoi qu'elle en ait - est emportée par ce maelstrom puissant qui change toutes nos façons de voir.
Tout ça est un peu pathétique. Boutin ferait mieux de s'occuper de ses attributions ministérielles et du logement des français, si elle veut le garder son adresse au ministère !! Car il n’y a pas que Tsarko qui la tacle : le secrétaire général du Secours catholique Pierre Levené interviewé sur LCI avant-hier au nom du collectif de 32 associations (unies contre le mal-logement, Enfants de Don Quichotte, Fondation Abbé Pierre, DAL, etc.) a souligné sans aménité les promesses non-tenues de la ministre et du gouvernement en matière de logement. Ces assos ont également demandé un moratoire des expulsions (des familles en difficulté, fin de l’hiver qui approche, donc possibilité de mettre à la rue les gens qui n’arrivent plus à payer leur loyer). On attend toujours une réponse précise de Boutin sur ce sujet du moratoire. Pauvre Christine, une catholique critiquée par le Secours du même nom, est-ce vraiment chrétien ?
Eh oui ! Le petit Nicolas n’a pas envie de faire plaisir à son grand copain « Ben’ Sixtine » sur ce coup là : il faut dire que lui aussi (notre empereur survitaminé) en connaît un rayon question « famille recomposée ». La France est la fille ingrate de l’Eglise !
Vincent Cabanel
12:33 Publié dans Monde Gay, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : famille, homoparentalité, statut du beau-parent, boutin, morano




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