04.03.2009

L'exercice solitaire du pouvoir : plaisir coupable ... et risqué !

Parmi les plaisirs solitaires, s'il en est un que je réprouve, c'est bien celui de l'exercice du pouvoir.
Il peut s'avérer de surcroît dangereux.
Benoit XVI et son chanoine honoraire le plus connu, le tsarko Nicolas Ier sont en train de l'apprendre douloureusement. Du moins, peut-on espérer qu'ils s'en rendent au moins compte.

Les 4 évêques lefebvristes "désexcommuniés"  le 21 janvier dernier (1) ont envoyé une lettre à Benoît XVI pour lui signifier clairement qu'ils n'ont aucune intention de reconnaître Vatican II. Cela revient à dire qu'ils ne veulent absolument pas du dialogue que le pape souhaitait permettre en levant la sanction des excommunications. Ils ne veulent bien revenir dans l'obéissance au pape et la pleine communion avec les évêques du monde entier que pour les remettre dans le droit chemin de la vraie foi, que selon eux bien sûr, l'église catholique a abandonné depuis Vatican II. Nihil novi sub sole comme aurait dit Qohélet s'il avait parlé latin (Rien de nouveau sous le soleil), me direz-vous, c'est ce que radotaient déjà Mgr Lefebvre, Ducaud-Bourget et consorts. Ce qui est assez drôle (en fait c'est tragique), c'est que les bonnes âmes qui assuraient que "si, si ! Certains sont fréquentables, on peut dialoguer avec eux, certains sont prêts à évoluer, les temps ont changé, il faut savoir nous rendre plus accueillants nous aussi...." vont devoir se rendre compte qu'ils se sont faits couillonner dans les largeurs (désolé pour la crudité de l'expression, mais c'est plus clair comme cela). Qui ont été les manipulateurs duplices ?


Mgr Fellay, le supérieur lefebvriste de la Fraternité saint Pie X ? ou Mgr Castrillon-Hoyos le président de la commission Ecclesia Dei (commission en charge du dossier des lefebvristes) ? On peut également penser à des tiraillements interne au mouvement lefebvriste qui auraient contraint Mgr Fellay à faire machine arrière s'il s'est vu très peu suivi par ses ouailles. On peut aussi penser que la curie romaine (le gouvernement du Saint Siège) est traversée  de courants internes (ce n'est pas nouveau, c'est de tout temps) et que certains espéraient faire rentrer dans l'église des troupes de renfort et de soutien pour contrer ce qu'il reste d'encore un peu conciliaire ( = venant de Vatican II) dans l'église catholique romaine.
Quelle que soit la vérité sur ces palinodies, c'est un énorme camouflet pour le pape. Les évêques français, allemands, suisses, autrichiens, ... se sont bien faits entendre pour rappeler que si on les avait consultés et écoutés, on aurait peut être évité cette gaffe monumentale qui s'est transformé en crise interne pour l'église catholique  ("la plus grave depuis 1968" selon certains commentateurs) et qui aboutit à ce camouflet, auquel le pape n'a toujours pas répondu !!!

L'Autriche : justement. Benoit XVI vient de renoncer à la nomination du frère Gerhard Maria Wagner comme évêque auxiliaire de la ville de Linz (3ème ville d'Autriche par la taille, capitale européenne de la culture 2009, ville ouvrière, bastion social-démocrate). J'ai déjà évoqué, sur ce blog, la personnalité inquiétante de ce religieux. A l'annonce de cette nomination , les évêques autrichiens se sont fendus d'une lettre pastorale dans laquelle en termes diplomatiques, mais néanmoins très clairs, ils écrivent que si ils ne contestent bien sûr pas les prérogatives du Saint Siège en matière de nominations d'évêques , ils souhaitent que les procédures existantes (qui prévoient des consultations et concertations) soient respectées par les services de la curie romaine de façon à éviter les erreurs et les scandales  "Ainsi, disent-ils, il sera clair que les évêques sont nommés non pas “contre” mais “pour” l’Église locale." On ne peut être plus clair : si le frère Wagner avait été consacré évêque, c'est un but de plus contre son camp qui aurait été marqué pour l'église d'Autriche. Les fidèles du diocèse de Linz semblaient d'ailleurs en avoir ras la casquette, entre la nomination de Wagner et les propos de Williamson. Deux délirants ça fait beaucoup. Au fait saviez-vous que Linz est à 30 Kms du camp de Mauthausen ?

Bref Papounet  est contraint de manger son chapeau et selon le langage si fleuri des dicastères du Vatican : "Benoît XVI a dispensé Monseigneur Gerhard Wagner, qui avait demandé sa révocation il y a deux semaines, d'accepter le poste d'évêque auxiliaire de Linz." Jolie formule, non ? Il est "dispensé d'accepter " !

Certes, l'église catholique n'est pas une démocratie en ce sens que le pouvoir et l'autorité n'y émanent pas du peuple, mais de la parole divine révélée, du Verbe même de Dieu, pour parler théologien. Mais tout bon théologien justement vous parlera de la dimension collégiale et synodale de la vie ecclésiale. Les synodes d'évêques, les conciles, les conférences épiscopales, le collège des cardinaux, etc. sont faits pour être utilisés pas pour faire joli sur les étagères. Benoit XVI semble ne pas le savoir.

Un autre qui ne sait pas non plus ce que c'est que le travail d'équipe, c'est le locataire agité de l'Elysée. Après avoir réduit à l'inexistence son gouvernement et ses ministres, les uns après les autres, même ceux du G7, avec un professionnalisme de serial-killer, après avoir montré son mépris du parlement en le faisant constamment travailler sous la procédure d'urgence (c'est encore le cas pour la loi sur les prisons, même le président Accoyer s'en plaint publiquement), après avoir carrément court-circuité le Sénat (loi sur l'audiovisuel), après avoir fait litière de l'indépendance des medias, après s'être attaqué à la démolition du système judiciaire (inquiétant projet de suppression du juge d'instruction), .... Tsarkozy Ier vient de s'asseoir consciencieusement sur une institution de plus - la maintenant célèbre commission de déontologie - en nommant par le fait du prince François Pérol à la tête des deux banques fusionnées (Caisses d’Epargne et Banques Populaires) (2)

La monocratie sarkozyenne continue, hélas. Les institutions républicaines et les contre-pouvoirs qui doivent permettre à la vie démocratique d’exister  normalement sont incessamment bafoués par un homme qui confond le mandat de président de la république française, avec un job de PDG paternaliste, et qui s’illusionne de surcroît sur le caractère gaullien de sa posture.
La cote de popularité de Nicolas Sarkozy est en chute libre paraît-il. Faut-il s’en étonner ? Si seulement il en tirait la leçon qu’il lui faut apprendre à faire ce qu’il ne sait pas faire « travailler en équipe » (c’est ce que dit un de ses ministres dans Le Monde). Le tragique est que Sarkozy n’est pas seul en jeu dans cette affaire, mais qu’il y va de notre pays entier.


Vincent Cabanel

1./  A t'on suffisamment remarqué que ce joli cadeau du pape avait été fait le jour anniversaire de la mort de Louis XVI, date importante pour la part royaliste des traditionalistes ? Délicate attention qui en aura touché plus d'un !

2./ Au passage, notons qu’il faut aller chercher l'information plus loin qu'à la télévision (lire sur Mediapart et dans le Canard Enchaîné) pour apprendre le rôle calamiteux que semble avoir joué ledit F.Perol dans le naufrage de Natixis, filiale des deux banques fusionnées.

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