25.02.2009

Vivre selon la Bible ? Yes he can !

Année vecu selon Bible.JPGHeureusement que c'est chez mon libaire du quartier que j'ai vu la couverture du livre.
Cette librairie indépendante de l'Est parisien n'est pas du genre à vendre des bondieuseries pieusardes : en y regardant bien, le pseudo-clone de Charlton Heston qui orne cette couverture digne des publications des Mormons ou des Témoins de Jéhovah tient dans sa main droite un gobelet qui  oit sortir tout droit d'un Starbucks.
J'ai acheté, j'ai lu, j'ai apprécié.
A.J.Jacobs est journaliste, juif et new-yorkais. Tout ce qu'il faut pour nous faire un "Woody Allen au pays de la Bible".
C'est un constat très simple qui a inspiré ce projet à l'auteur.


La conscience qu'il vit dans un pays où la Bible tient une place particulière, énorme : "Une interprétation littérale de la Bible oriente la politique américaine aussi bien au Moyen-Orient qu'en matière d'homosexualité, de recherche sur les cellules souches, d'avortement, et jusqu'à la régulation de la vente de bière le dimanche."
Que se passe-t'il si on essaye de suivre tous les commandements de la Bible à la lettre ? pas seulement les Dix Commandements et la Loi d 'Amour du Nouveau testament ("Tu aimeras ton prochain comme toi-même"), mais TOUS les commandements ... : laisser pousser sa barbe, ne pas porter de vêtements de fibres mélangées, faire la dîme, ne pas serrer la main d'une femme qui a ses règles...
A.J.Jacobs s'attache à ce projet, au grand désespoir de son entourage, notamment sa femme, et tient le journal de son projet : la découverte qu'il fait de la Bible juive et de la Bible chrétienne, ses interrogations sur les modalités de l'observance des lois, ses dialogues avec son "comité d'experts" (dont un "pasteur par passe-temps"), ses rencontres avec des juifs et des chrétiens de toute sorte, l'incidence de son expérience sur sa vie familiale et professionnelle (il est journaliste à Esquire, ce qui nous vaut quelques scènes croquignolesques)

Bien évidemment le malicieux A.J.Jacobs sait bien dès le départ que son voyage va être semé de contradictions et d'impossibilités : "...je soupçonnais presque tout le monde d'avoir le littéralisme sélectif. les gens exhumaient les passages qui correspondaient le mieux à leurs convictions..." (p 13)

Jacobs (nom prédestiné !) échappe au piège facile qui consisterait à ridiculiser complètement le littéralisme et les attitudes qui en découlent. Avec une fausse naïveté et beaucoup d'empathie, il embarque son lecteur avec lui dans des rencontres improbables, pour etnter de saisir de l'intérieur les attitudes humaines, croyantes, les bribes de sens, parfois étonnantes, qui font le substrat et une certaine fécondité existentielle et sociétale des lectures littérales de la Bible. Mais sa curiosité empathique ne bride jamais sa capacité critique, ni ne le transforme en crypto-loubavitch ou en born-again-christian. On sent chez lui un spinoziste, modéré, toujours vigilant et lucide, autant que faire se peut.

Aussi le livre devient-il un passionnant voyage au milieu des groupes religieux des Etats-Unis d'Amérique : bien sûr il y a les loubavitch et les juifs de Crown Heights (quartier juif de Brooklyn), il ya les amish et les megachurch de révérends comme Jerry Falwell. mais il nous emmène aussi voir des groupes moins connus comme ces fous dangereux qui veulent rebâtir le Temple de Jérusalem sur le mont Moriah pour hâter la fin du monde, ou - plus sympathiques - comme les  Red Letter Christians , plus folkloriques comme les manieurs de serpents qui prennent à la lettre un verset de l'Evangile de marc où il est dit que ceux qui croiront en Jésus "prendront dans leurs mains des serpents venimeux" sans qu'ils leur fassent de mal (Marc 16, 18).

L'homosexualité occupe nécessairement une place dans son "voyage biblique" : ce thème apparait comme un "marqueur" du littéralisme. Et encore, je pense qu'il n'a pas été voir les plus extrêmes.

Comme la Bible, le livre est une mine de trésors : il faut découvrir comment Jabos se débrouille par exemple avec le commandement de "lapider les adultères", commandement qu'il tente de mettre en pratique avec de petits gravillons dans un parc de New York.

Livre intelligent et drôle. A conseiller à ceux qui connaissent la Bible comme à ceux qui ne la connaissent pas. A ceux qui l'aiment comme à ceux qui s'en méfient.
Une dernière remarque : je partage avec l'auteur un fort attachement pour le livre de Qohélet (appelé aussi l'Ecclésiaste), peut-être le livre le plus athée de la Bible.

Vincent Cabanel


L'année où j'ai vécu selon la Bible
(The Year of Living Biblically)
A.J.Jacobs
éd. Jacqueline Chambon - Actes Sud ; sept 2008


site de A.J.Jacobs

Pour être précis, le verste qui donne la Loi d'Amour du Nouveau Testament est tiré de l'Ancien Testament : Lévitique 19, 18. La particularité du Nouveau Testament réside dans la mise en exergue de ce commandement faite par Jésus, quand on lui demande quel est le plus important des commandements de la Loi (sous entendu : la Loi Juive, puisque Jésus est juif)

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