06.02.2009
Sarkozy à la TV, la crise, la démocratie mal en point et le 6 février 1934
Nicolas Sarkozy, président de la République française, s'est donc exprimé hier soir dans une émission diffusée sur plusieurs chaînes de télévision et antennes de radio. L'homme qui voulait incarner une forme de rupture en politique a tout bonnement repris une forme de communication qui l'inscrit dans la droite ligne et la stricte continuité de ses cinq prédécesseurs dans cette fonction - telle que la Ve République l'a dessinée à partir de la modification constitutionnelle de 1962. Depuis les débuts de l'élection du président de la République au suffrage universel direct, tous les titulaires de ce mandat, de Charles De Gaulle jusqu'à Jacques Chirac, tous ont occupé cette posture du "monarque républicain" installé dans son palais de l'Elysée.
Edwy Plenel, (créateur du site Mediapart) invité du plateau de France 2 pour commenter la prestation de Nicolas Sarkozy, décryptait un "président à la ramasse", perdu, replié sur une posture égotiste et nationaliste, peinant à occuper une posture à la hauteur de la crise dont il prétendait s'occuper.
Là où Obama dit "Nous" en reprenant le début de la constitution des USA ("We, the people,..." " Nous le peuple", citation qui ouvre son discours de Philadelphie du 18 mars 2008), Sarkozy s'emprisonne dans le "Moi, moi, moi".
Nicolas Sarkozy continue à truster toutes les attributions de ses ministres, il continue à ne pas respecter le fonctionnement normal des institutions républicaines et des contre pouvoirs qu'organise la Constitution. Alors y a t'il ou non changement dans sa "doctrine" économique, "virage social" de notre président ? La réponse à cette question risque de n'avoir aucune importance réelle s'il ne change pas son mode de fonctionnement et son positionnement politiques. Pour Edwy Plenel, hier soir, et pour les journalistes de Mediapart aujourd'hui, la prestation présidentielle est un symptôme supplémentaire de la mauvaise santé de notre démocratie.
Cet extrait d'un des articles d'Antoine Perraud, journaliste de Mediapart, donne le ton d'analyses qui me paraissent pertinentes :
"La médiocrité de la prestation présidentielle et le fiasco journalistique d’hier soir – l’un n’allant pas sans l’autre – apparaîtront comme un degré supplémentaire dans la déconfiture démocratique française. À la veille du 75e anniversaire des émeutes du 6 février 1934, non pas dans la rue mais sur nos étrange lucarnes, flottait un parfum de décomposition républicaine assez prononcé."
Le 6 février 1934 : que s'est-il donc passé ? C'était il y a exactement 75 ans aujourd'hui : "Le 6 février 1934, Édouard Daladier présente à la Chambre des députés son nouveau gouvernement. C'est le prétexte à une violente manifestation antiparlementaire." (site Herodote)
L'album BD "La Diva et le Kriegspiel" (album méconnu, que je recommande) consacre trois pages à ces événements (cf. planches ci-dessous)
Cette manifestation va s'avérer sanglante : les ligues d'extrême droite multiplient les actes de violence place de la Concorde. La République vacille-t'elle ? La menace est sérieuse, le contexte qui a favorisé cette émeute est né des conséquences de la crise économique de 1929. Sans doute les ligues ne sont-elles pas assez coordonnées pour réussir un coup d'Etat; malgré les prises de pouvoir nazie en Allemagne, fasciste en Italie, la France ne bascule pas. Au contraire, le Front populaire, union des gauches, sera une des conséquences indirectes de ce 6 février 1934. Mais nous savons aujourd'hui que Pétain est déjà mis sur orbite par des mouvements d'extrême droite et que son arrivée au pouvoir après la défaite de 1940 n'a pas été le seul fruit des circonstances de la défaite. La démocratie et la République sont choses fragiles, qui méritent tous nos soins si nous voulons les mériter.
Vincent Cabanel
La Diva et le Kriegspiel
Pierre Christin et Annie Goetzinger - Dargaud 1981
Bande Dessinée "One Shot"
Les bonus de fin de note :
18:25 Publié dans Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : extrême-droite, iiie république, fascisme, anti-parlementarisme, sarkozy




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Commentaires
Marcel Bluwal a réalisé un excellent téléfilm "A droite toute!" récemment diffusé sur France 3, qui se déroule entre 1934 et 1937. Il y raconte le risque fasciste qu'a couru la France à cette époque du Front populaire. Malgré la dissolution des ligues d'extrême droite, un mouvement secret, surnommé par erreur "La Cagoule" (en fait Organisation Secrète d'Action Révolutionnaire) complotait contre "La Gueuse" (La République) Plusieurs des membres de la Cagoule se retrouvèrent dans le régime de Vichy, avec Pétain. Le créateur de "L'Oréal" fut des bailleurs de fonds de "la Cagoule". Joseph Darnand, un des membres, fut le créateur et le chef de la Milice, organisation collaborationniste, ouvertement fasciste, anti-sémite, et auteur de nombreux crimes. Outre l'Oréal, des membres du patronat français financèrent les organisations d'extrême droite factieuses. Le film de Bluwal est particulièrement pédagogique.
très intéressante interview de Bluwal sur la Web-TV "Arrêt sur Images" (13 février 2009)
Ecrit par : Vincent Cabanel | 16.02.2009
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