11.10.2008

Krach boursier ou crise de foi ?

crise_petillon.jpgLa crise est donc partie du pays du dollar. Crise financière énorme, plus grave que celle de 1987, plus grave que celle de la "bulle Internet" en 2000. Aussi grave qu'en 1929 ? On  nous le dit, tout en nous assurant que les conséquences n'en seront pas si graves, à cause et d'un contexte différent, et de réactions différentes des Etats. Espérons-le.
Cette crise est-elle seulement boursière ? financière ? Pas seulement, disent beaucoup,  elle reflèterait peut être bien une crise de l'économie réelle. Elle révèle en tout cas, un des défauts de la cuirasse de notre monde globalisé. Je ne suis ni économiste, ni financier, et comme beaucoup sans doute j'ai du mal à saisir tous les mécanismes de cette crise. Trois choses sont de plus en plus claires pourtant :

  • Cette dégringolade boursière qui ne s'arrête pas va avoir des conséquences lourdes sur l'économie réelle et pour plusieurs années, l'intervention nécessaire des états coutera de l'argent aux contribuables et citoyens que nous sommes, quand bien même nous risquerions peu de choses comme épargnants.

  •  Un des points de départ de la crise est cette incroyable histoire de "subprimes", c'est à dire de crédits immobiliers au montage surréaliste faits à des personnes que des institutions bancaires savaient incapables de rembourser, personnes qui se sont retrouvées sur la paille pour avoir fait confiance à des miroirs aux alouettes. Mais le créditeur s'est lui-même piégé dans ce jeu faussé du crédit. Faire crédit c'est faire confiance. Mais là c'était un jeu de dupes dans lequel le dupeur s'est retrouvé aussi dupé que sa victime.
  • Ce qui "grippe" la mécanique aujourd'hui c'est que plus personne ne fait confiance à personne : les banques ne se font plus confiance entre elles pour se prêter de l'argent, elles ne font plus confiance aux entreprises, ni aux particuliers, refusant donc de leur faire les crédits nécessaires au fonctionnement normal et sain de l'économie, les actionnaires ou les investisseurs ne font plus confiance aux banques ou même à des entreprises saines, dont on voit les actions baisser sans raison.

Le plus grave peut-être, c'est qu'aucune parole "autorisée" ne semble en mesure de susciter une adhésion : les gouvernants parlent mais sans que leur parole ne calme le jeu.  Les journalistes constatent désabusés que plus personne n'écoute George W Bush. Il parle dans le vide. Sa parole ne vaut plus rien, dévaluation ultime.

Il s'agit de crédit, il s'agit de confiance. Nous vivons à crédit, et c'est le jeu normal de l'économie. Le "jeu" économique nécessaire entre humains ne peut se faire sans un minimum de crédit, c'est à dire de confiance. 
Un éditorialiste soulignait cette semaine que tout le jeu social , toute société, tout vivre ensemble repose sur la confiance. Il prenait l'exemple du conducteur au carreffour : je m'engage avec ma voiture dans un carrefour lorsque le feu est vert parce que - sans même en prendre conscience ou y réfléchir - j'ai confiance dans le fait que les conducteurs de la voie transversale vont respecter le feu rouge et le code de la route. Je peux parler avec quelqu'un parce que j'accorde un minimu de confiance aux mots qui sont prononcés entre nous et à la compréhension mutuelle que nous en avons.

a_billet_de_1_dollar.jpgSur chaque dollar, il est écrit "In God we trust". En Dieu, nous mettons notre confiance. Le président Eisenhower l'y fait marquer en même temps (1955) qu'il intègre  l'expression "under God" (sous le regard de Dieu, expression reprise de Lincoln) dans le serment d'investiture présidentielle.
On peut facilement poser à la belle âme devant cette inscription sur les billets de banque : des chrétiens de tous bords crièrent alors au blasphème. Il serait facile d'en appeler à l'Evangile et d'opposer Dieu et l'argent. "Nul ne peut servir deux maîtres...Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent." (Luc 16, 13).
Mais cette maxime écrite sur les billets de banque semble un effort désespéré pour ancrer la confiance, l'irremplaçable ciment du lien social, dans une transcendance enfin solide.
Sur quoi, en définitive, se fonde ce qui nous fait vivre ensemble, ce qui nous permet de faire société ?

Il serait facile dans la crise actuelle de trouver des boucs émissaires : grands patrons, directeurs de banques, spéculateurs, traders, golden-boys, ..... La liste est longue. Et certains ne s'en sont pas privés. Certes des fautes politiques et de graves erreurs techniques ont certainement éét commises : il faudra analyser avec soin cette crise pour en tirer les leçons politiques et stratégiques. Certes des fautes morales lourdes et des scandales insupportables ont eu lieu et nous révulsent : souhaitons que leurs auteurs en soient punis et payent le prix nécessaire.

Pourtant, opposer un "bon" capitalisme  (celui des entrepreneurs) à un "mauvais" capitalisme (celui des spéculateurs), comme tente de le faire Sarkozy, est une pirouette dérisoire. Et signe un refus de voir ce qui se joue de vraiment grave.
Il faut voir plus loin et tenter d'observer lucidement ce que nous dit ce tsunami dévastateur qui emporte dans une débâcle inouïe toutes les places boursières d'un bout à l'autre de la planète dans une ronde infernale qui ne semble pas devoir s'arrêter. La crise est une crise de confiance. Au delà d'une crise de foie qui sanctionne la gloutonnerie d'une société obèse, c'est une crise de foi. Plus personne ne semble savoir à qui, à quoi se fier.

Ce qui est en jeu dans cette crise, c'est notre confiance dans notre propre avenir, dans nos propres capacités. Capacités à quoi ? A nous doter d'une gouvernance mondiale digne de ce nom, à nous doter d'horizons politiques réalistes et suffisamment attrayants pour aimanter nos énergies.

Devant ce défi de la confiance, il est vraisemblable que se lèveront des voix pour tenter de fonder dans les transcendances religieuses, celle d'une religion civile par exemple, la nouvelle confiance qui peut nous permettre de faire société. Je crains - malgré tout le respect que j'ai pour les traditions religieuses - que ces tentatives ne soient que des essais de restauration d'un ordre ancien (plus rêvé que réel).

La crise financière et économique débouche sur une crise politique, qui  révèle elle-même une crise de foi. Mais il n'agit pas nécessairement de foi religieuse. Il nous faut inventer ce en quoi nous croyons (au sens de la fides, foi, pas au sens de la croyance) ensemble. Quelle devise sera la nôtre dans le siècle qui vient ?

Vincent Cabanel

Note : le dessin (pas celui du billet vert !) est de Pétillon, Le Canard Enchaïné du 8 octobre 2008

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Commentaires

Vous savez que toute notre monnaie est basée sur la confiance : il n'y a plus de monnaie métallique, mais que de la monnaie "fiduciaire" (de fides, foi, confiance) et scripturale qui n'est que de la monnaie virtuelle, invisible. Tout le système financier est effectivement basé sur la confiance. Si les ménages paniquent et tentent de récupérer leur argent, il y a une crise de liquidité : les banques ne peuvent nous donner en billets et pièces ce que nous avons sur nos comptes puisque la grande partie de la monnaie n'a pas d'existence matérielle ! C'est bien, en partie, pour cela que les gouvernements se démènent. Une crise de foi (à l'égard du système économique) risque de faire aussi mal qu'une crise de foie (c'est pas le meilleur jeu de mots, m'enfin bon).

Ecrit par : Blog "le bon grain et l'ivraie" | 16.10.2008

Nombre de personnes ne connaissent pas leur richesse et font appel au crédit. Actuellement le CAC 40 perd plus de 3% et l'or est au plus haut. C'est tout à fait emblématique de ce qu'il se passe depuis plus d'un an sur ces deux marchés. Si vous avez besoin d'argent et si vous possédez un peu d'Or sous quelque forme que ce soit, bijoux, déchets, pièces ou lingots, n'attendez pas, c'est le moment de vendre, vous serez étonné du montant récolté !

achat or

Ecrit par : Achat Or | 12.03.2009

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