02.10.2008

Le Pape sermonne les évêques de France

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L'Eglise catholique va à un rythme lent. Les discours y sont rarement de circonstance. Il faut rappeler tout d'abord que le projet initial du voyage de Benoit XVI en France ne comportait pas d'étape à Paris, ni de rencontre avec le chef de l'Etat. Le pélerinage à Lourdes pour le 150ème anniversaire des "apparitions" et la rencontre avec l'ensemble des évêques français (ce qu'on appelle : la Conférence épiscopale) étaient l'objectif fondamental du pape. Les medias se sont focalisés sur la question de la laïcité et sur la réception à l'Elysée. Mais le discours pontifical prononcé à Lourdes, le 14 septembre 2008 devant l'assemblée des évêques de France,  est peut-être encore plus important dans l'esprit du pape. Il a été moins commenté. Et pourtant ....le Figaro n'a pas eu tort de titrer "les leçons du Pape aux évêques".


Benoît XVI a abordé les points suivants :
  1. la charge des évêques
  2. la catéchèse
  3. l'appel aux vocations sacerdotales
  4. le rôle des prêtres
  5. la liturgie et l'autorisation du missel anté conciliaire
  6. la famille, défense de la famille traditionnelle
  7. les divorcés remariés
  8. les jeunes
  9. la laïcité et les racines chrétiennes de la France
  10. l'oecuménisme et le dialogue religieux doivent déboucher sur l'annonce de la Foi elle-même.
  11. "libération spirituelle" de la France comparée à la libération temporelle de 1945.

Il savait s'adresser à une Eglise en France vivant une situation de plus plus délicate et difficile, dans laquelle tous les indicateurs sont ua rouge, baissent ou au mieux stagnent.  Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence épiscopale l'a clairement dit dans son allocution d'introduction à cette rencontre en citant l'apôtre Paul pour évoquer la situation de plus en plus difficile des évêques de France et de leurs diocèses :
"Pressés de toute part, nous ne sommes pas écrasés;
dans des impasses, mais nous arrivons à passer;
pourchassés, mais non rejoints;
terrassés, mais non achevés"
(2 Cor 4, 8-9 - seconde épître aux Corinthiens)


Terrible tableau ! Tout en exprimant une espérance et une résistance extrême, c'est bien, dans la bouche du cardinal,  l'aveu d'un chamboulement sans précédent qui affecte l'Eglise catholique en France

Face à ce désarroi, le pape a certes voulu encourager les évêques (point n°1 et plusieurs phrases éparses dans son discours, avec beaucoup de chaleur). Mais quels outils concrets leur donne t'il pour les aider à répondre au défi de la réévangélisation de la France qu'il souhaite ? Aucun. Son discours a été des plus traditionnels qui soient, autant par ce qu'il a explicitement dit que par ce qu'il n'a pas dit ou ce dont il n' a pas parlé. Rien de tonitruant qui puisse faire la une des medias, mais de fermes rappels à l'ordre, dans la continuité stricte de son action comme préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi. Rappelons qu'il a occupé ce poste de 1981 à 2005 soit pendant 24 ans sur les 27 années qu'a duré le règne de Jean-Paul II (1978 - 2005)

Je relève quatre points essentiels (qui me choquent profondément) :

  • La catéchèse : continuons à revenir au XVIè siècle, pour éviter de tomber dans les travers des protestants
  • Silence sur les laïcs, hommes et femmes, qui sont donc toujours considérés comme des chrétiens de seconde zone.
  • L'oecuménisme et le dialogue religieux sont mis sous surveillance conditionnelle
  • La France doit être libérée spirituellement 

Sur la catéchèse :  une phrase clé : "La catéchèse n'est pas d'abord affaire de méthode, mais de contenu..." . On entend ici l'écho du discours que le cardinal Joseph Ratzinger avait prononcé à Lyon en  1983  sur la catéchèse : ce discours avait été perçu entre autres comme une condamnation ferme d'un livre de référence utilisé dans le catéchisme des enfants : "Pierres Vivantes". Cet ouvrage élaboré par le CNER (Centre national de l'Enseignement Religieux) avait été validé par la Conférence épiscopale française. Il s'inscrivait bien sûr dans la dynamique du renouveau conciliaire. Ce livre, résultat de travaux pédagogiques, intégrait les données récentes sur les connaissances bibliques (avec les données de l'exégèse historico-critique) et tenait compte des évolutions théologiques validées par le Concile. Il était fortement critiqué par les chrétiens traditionnalistes ou nostalgiques des anciens manuels de catéchisme sous forme de questions-réponses à apprendre par coeur, de formules à réciter, etc. La condamnation Ratzingerienne avait ravi ces derniers et désolé les catéchistes, animateurs d'aumônerie, etc.  En répétant la priorité du contenu sur la méthode, Benoit XVI redit en quelque sorte qu'il suffit d'apprendre la Vérité, plutôt que se soucier du chemin qui y conduit. Cette Vérité (connue et maîtrisée par l'Eglise qui en a "reçu le dépôt") serait contenue dans les deux ouvrages qu'il cite comme instruments principaux : le Catéchisme de l'Eglise Catholique et le Catéchisme des Evêques de France; ces deux livres - aussi lisibles qu'un précis Dalloz - s'inscrivent dans un genre littéraire particulier : le Catéchisme qui naquit au moment du Concile de Trente (XVIe siècle) , en réaction à "la Réforme": les mouvements qui voulaient réformer l'Eglise : Luther, Calvin, Zwingli, etc.

Sur les vocations sacerdotales et le rôle du prêtre :  rien d'étonnant à ce que le pape reprenne ce leit motiv désespéré (baisse de 25 % en dix ans du nombre de prêtres présents en France , cf. ma note du 11 sept 2008).  mais c'est surtout un silence énorme qu'il faut relever. non seulement sur les diacres (le diaconat est le premier degré du sacrement de l'orde, qui en comporte trois : diacre, prêtre, évêque - le diaconat dans l'Eglise catholique a été restauré par le Concile Vatican II - des hommes mariés peuvent être ordonnés diacres), mais aussi et surtout un silence sur les laïcs et leur rôle dans l'Eglise. Or dans l'Eglise de France, sans la foule des laïcs - hommes et femmes - qui se sont investis, formés, engagés, à qui les évêques ont confié des responsabilités dans la pastorale des jeunes, les aumôneries de collèges et lycées, de prisons, d'hôpitaux, dans la catéchèse, dans la célébration des funérailles, etc, etc, la situation ne serait pas que catastrophique (ce qu'elle est déjà), elle serait, pour l'Eglise catholique, celle d'un coma dépassé. Le pape n'a RIEN dit sur cet aspect capital de la vie de l'Eglise en France. Est-ce parce qu'il espère une re-sacerdotalisation ( = recléricalisation ) de la structure écclésiale ?

L'oecuménisme et le dialogue interreligieux sont quant à eux également remis "dans les rails" de la tradition catholique de la contre-réforme (la contre réforme est la réaction de l'Eglise catholique aux réformes protestantes) : leur vrai but doit être l'évangélisation, c'est à dire l'annonce d ela vraie foi ... dont seule l'Eglise catholique est la vraie dépositaire. Le dialogue n'est donc pas une recherche commune, mais une attitude diplomatique qui vise à ramener vers le centre d'attraction, qui est la seule église catholique : "Je crois qu'il est bon de commencer par l'écoute, puis de passer à la discussion théologique pour arriver enfin au témoignage et à l'annonce de la foi elle-même". On est dans la droite ligne de la déclaration Dominus Iesus (2000- signataire : cardinal Ratzinger) qui avait heurté les milieux du dialogue oecuménique par un rappel de la supériorité du catholicisme sur le protestantisme. 

Le passage qui m'a le plus heurté est l'avant-dernier paragraphe du discours du pape : faisant allusion à une visite qu'il a faite en France en 2004 pour la commémoration du 60ème anniversaire du débarquement en Normandie (1944), Benoit XVI fait le parallèle suivant :
"La France célébrait alors sa libération temporelle, au terme d'une guerre cruelle qui avait fait de nombreuses victimes. Aujourd’hui, c'est surtout en vue d’une véritable libération spirituelle qu'il convient d'oeuvrer." On pourrait glisser sur cette comparaison hasardeuse si elle émanait d'un prédicateur au petit pied. Là, on peut entendre un pape inviter à la libération spirituelle d'un pays.... je ne peux croire qu'il s'agisse là d'une figure de style anodine. Rappelons-nous toutes les condamnations de la "culture de mort"  qui serait celle de notre société (notament dans Evangeliume Vitae, encyclique de 1995) : devons-nous en conclure à une comparaison entre le nazisme et cette supposée "culture de mort" ?

Terminons avec les  divorcés remariés. Ce problème est une difficulté énorme pour les prêtres sur le terrain: la doctrine catholique officielle est la suivante : un divorcé ne peut se remarier (donc pas de bénédiction ou de prière à l'église pour un couple dont l'un des deux est un divorcé - s'il a été marié religieusement, car si le mariage ne fut que civil, suivi d'un divorce, il peut se marier à l'église....) et un divorcé marié (ou vivant avec une femme dans un concubinage notoire qui le met dans un état de "péché public") ne peut pas communier lors d'une messe (eucharistie). Déjà à la fin des années 70, début des années 1980, des théologiens avaient proposé des solutions, des évêques (Mgr Lebourgeois, pour n'en citer qu'un) s'étaient "mouillés" pour tenter de faire avncer le schmilblick... A ma petite échelle, j'ai présidé, comme prêtre, des prières pour des couples qui redémarraient une histoire.
En vain. Et sa sainteté Benoît XVI a répété la même ritournelle doctrinale : pas de changement pour la doctrine sur les divorcés remariés. Nihil novi sub sole (Rien de nouveau sous le soleil) comme aurait dit le pessimiste auteur de l'Ecclesiaste (Qohélet, un livre de la Bible, très beau).
Alors j'ai ri très jaune en entendant ce brave Albert Rouet, évêque de Poitiers, que j'ai connu autrefois, quand il collaborait intelligemment avec nous pour les aumôneries de lycées professionnels. Mgr Rouet exprimait s ajoie d'avoir entendu le disocurs du pape qui sur chaque sujet abordé, disait-il, apportait une "petite note d'ouverture". selon lui c'était cette note d'ouverture qu'ilfallait entendre. et quelle était-elle la note d'ouverture sur les divorcés remariés , quelle était-elle ? A votre avis, hein ? Et bien, figurez-vous, je vous le donne en cent, je vous le donne en mille, que le pape a dit qu'il fallait entourer ces personnes qui n'arrivaien tpas à vivre la perfection de la beauté du mariage selon la doctrine catholique "de la plus grande affection". Et cela, déclare benoîtement Mgr Rouet à la Croix, aucun pape ne l'avait jamais dit. Dans le presbytère de mes débuts, un confrère se gaussait de certains collègues qui faisaient de "l'émerveillement millimétrique". Je ne sais pas pourquoi, la formule oubliée m'est revenue de suite à l'esprit....

J'ai compris, en entendant Albert, pourquoi je n'aurais jamais pu être évêque.
J'aii compris aussi que Carla et Nico pouvait faire tintin pour la communion.
Pinochet, lui au moins, il pouvait recevoir la sainte eucharistie !


Vincent Cabanel

Discours de Benoît XVI aux évêques de France - 14 septembre 2008

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