22.06.2008

Nicolas, le petit plombier ...

La présidence française de l’Union européenne va débuter le 1er juillet 2008, dans une dizaine de jours.

Nicolas Sarkozy espérait pouvoir surfer sur la vaguelette triomphale (on a les triomphes qu’on peut) de la ratification du traité de Lisbonne, et capitaliser à son actif la résolution de l’impasse institutionnelle dans laquelle se trouve l’Union depuis 2005. C’était, croyait-il, un chantier de résolu, un dossier classé espérait-il. Ne l’avait-il pas annoncé lors du premier sommet européen qui suivit son élection et au cours duquel allemands et français avaient arraché le « mini-traité simplifié », notamment aux intraitables jumeaux polonais ? « Nous avons fait le travail. » s’était-il exclamé, par une expression très « américanisante » d’ailleurs ; « We did the job ! » Et bien non ! La peau de l’ours avait été vendue trop tôt, et on s’était sans doute trompé d’ours de surcroît.

La surprise et le désarroi des chefs d’Etat et de gouvernement européens après le « Non » de Dublin avaient quelque chose de tragi-comique : Si « gouverner c’est prévoir », nous avions de quoi nous sentir bien peu gouvernés par ces professionnels de la politique, dont les caméras mettaient en scène la naïveté d’étudiants qui auraient fait l’impasse sur un sujet d’examen. Ils n’avaient donc envisagé qu’une hypothèse, celle qui les arrangeait et leur évitait de penser ! Ils sont pourtant élus et payés pour cela.

Le président français va donc devoir se coltiner d’innombrables pourparlers pour sortir de cette impasse institutionnelle : il vient de nous annoncer qu’il se rendrait en Irlande. La belle affaire ! C’est certes nécessaire, mais certainement pas suffisant. Le désamour dont les européens témoigne vis-à-vis de l’Union demande une ambition plus grande, une vision plus ample, des mots et des actes plus forts. Il ne faudrait surtout pas ne se concentrer que sur la "plomberie institutionnelle" (certes indispensable), mais d'abord de ce qui va circuler dans cette tuyauterie: au service de quelle vie, de quelle maison commune. Sinon, Sarkozy, loin d'être le maître de maison européenne qu'il se rêve, ne sera que "le petit plombier de l'Europe".

Je parlais du déficit culturel et symbolique de la dynamique européenne dans mon post du 22 juin. Il est à cet égard significatif qu'on ait enlevé du traité de Lisbonne quatre éléments symboliques de l'Union, dont les trois premiers devraient faire l'objet d'une appropriation quotidienne dès l'école.

  • le drapeau européen,
  • l'hymne européen 
  • la devise européenne 

J'avais été frappé lors de mon dernier voyage à Budapest de l'omniprésence du drapeau européen sur les bâtiments officiels à côté du drapeau hongrois (et Dieu sait que le peuple Magyar est fier de sa langue, de son histoire, de sa nation !). Construire une fierté européenne, un sentiment d'appartenance commune, devrait être un objectif de la présidence française.

Le quatrième élément symbolique est également fortement politique : il s'agit de la Charte des Droits fondamentaux. Il faudra revenir sur cet élément clé, son importance. A elle seule, cette Charte pourrait faire l'objet d'un référendum réellement européen : non pas 27 référendums dans les 27 pays de l'Union. Mais un seul référendum, le même jour, avec la même organisation, avec une campagne portée par des partis européens, transnationaux.

Il s'agirait de comprendre que comme la Bourgogne est aujourd'hui une région de la France, ce qu'elle n'était pas pendant des siècles au Moyen Age, la France est devenue, devient, veut devenir une région de l'Europe.

Vincent Cabanel

20.06.2008

Le "NON" irlandais : symptôme d'une crise grave

Le peuple irlandais, par 53 % des voix exprimées, a donc rejeté la ratification du traité de Lisbonne.

Ce traité est le fruit des efforts des gouvernements des 27 pays de l'Union pour relancer la machine de la construction européenne après l'échec de la ratification du traité dit "constitutionnel" en 2005, principalement (mais pas seulement) par la faute du peuple français qui avait alors répondu NON par référendum. L'Europe, trois ans après se retrouve donc dans la même impasse institutionnelle.

L'excellent Bernard Guetta, chroniqueur de France-Inter, analysait hier 19 juin sur cette radio la signification de ce NON irlandais. Pour lui il s'agit du symtôme important d'une crise grave, quelle que soit l'issue politique et juridique que les gouvernements trouveront vraisemblablement (lire la chronique du 19 juin)
"...quand bien même un « oui » de l’Irlande viendrait, l’année prochaine, annuler son « non », le malaise européen n’en serait pas moins grand."

Pour Bernard Guetta, et il le répéte à l'envie depuis longtemps : "le premier problème de l’Union est son manque de démocratie". Je souscris entièrement à son affirmation: un autre analyste relevait que depuis que le parment européen est élu au suffrage universel, on a assisté au phénomène paradoxal suivant : plus ses pouvoirs réels et son action efficace augmentaient, plus la participation populaire à l'élection des parlementaires européens s'affaiblissait. Parlement méconnu, voire inconnu, trop lointain des peuples européens, sans moyens de communication avec les ciyoyens qu'il a pour mission de représenter ! Quel drame et quelle absurdité démocratique.

B.Guetta relève un peu avant que ce vote irlandais : "...tient .... bien plus profondément, à cette fâcherie générale des Européens et de l’Europe, à ce malaise des citoyens devant un processus d’unification dont ils ne voient plus la finalité, ne maîtrisent pas le fonctionnement..." Ceci est vrai aussi du vote français de 2005, comme d'autres votes ou réactions populaires négatifs face à "Bruxelles".

Les hommes politiques de l'Europe entière ont une lourde responsabilité dans cet état de fait, dans cette "fâcherie" des Européens d'avec l'Europe : d'abord en se défaussant sur "Bruxelles" de ce qu'ils n'osent assumer devant leurs électeurs - souvent par électoralisme à courte vue - ensuite en ne faisant pas le travail d'explication, de pédagogie, de formation, ... sur les décisions qu'ils prennent et qui contribuent à la construction et à la législation européenne : paresse ? lâcheté ? ou aveuglement technocratique des détenteurs du pouvoir ?

Plus profondément encore. Si l'Europe souffre d'un "déficit démocratique", elle souffre d'un "déficit culturel". Les Européens ne se sentent pas européens. Ils ne se vivent pas, ne se perçoivent pas comme participants d'un destin commun, héritiers d'une histoire commune, liés les uns aux autres par des valeurs, un système de repères symboliques.

La variété linguistique est un facteur limitant très important. mais il n'est pas insurmontable. Dans le passé, les rois de France (et la Révolution, l'Empire, la IIIè République ne firent que parachever ce travail) ont su construire une unité française, nationale à partir de réalités de populations extrêmement diverses et d'une diversité linguistique encore vivace il n'y a guère (il suffit de penser au siècle de Louis XIV, très proche de nous en fait, et - encore plus proche - à la grande entreprise de l'instruction publique menée par la IIIè République et ses "hussards noirs").

Angela Merkel, Jean-Claude Juncker, Nicoals Sarkosy, Gordon Brown, Manuel Barroso... et les autres ont le devoir de trouver des solutions au problème institutionnel concret réactivé aujourd'hui par le NON irlandais. Mais ils se tromperaient lourdement s'ils oubliaient de s'atteler à un travail moins visible, plus urgent, plus radical : penser et mettre en oeuvre les moyens de faire croître une conscience culturelle européenne qui permette un jour à chaque habitant de l'Union de se penser dans une citoyenneté pluridimensionnelle : je suis français ET européen, je suis européen ET français. Et je suis l'un parce que je suis l'autre, indissolublement.

Vincent Cabanel

16.06.2008

Quand les gays et les lesbiennes s'associent ....

Le phénomène d'association de personnes désireuses de "mettre en commun, d'une façon permanente, leurs connaissances ou leur activité dans un but autre que de partager des bénéfices" (loi 1901, art 1.) est depuis l'essor du mouvement associatif un bon thermomètre des tendances sociétales et sociales. Les milieux plus restreints n'échappent pas à la règle. Il en va ainsi de la naissance et de l'évolution du mouvement associatif gay et lesbien.

Arcadie en 1954 est une revue et un mouvement qui s'organise comme un club, une association de fait. A ma connaissance, ce n'est pas une association déclarée (en préfecture), sans doute à cause d el'article 3 qui interdit les associations déclarées "fondée sur une cause ou en vue d'un objet illicite, contraire aux lois, aux bonnes moeurs". Rappelons que l'amendement du député Mirguet classant l'homosexualité parmi les "fléaux sociaux" (avec tuberculose, alcoolisme et prostitution) fut adopté sans problèmes dans la loi du 30 juillet 1960.

Le mouvement associatif gay et lesbien continua donc de privilégier la voie de l'association de fait, au détriment de celle de l'association déclarée. Plus mouvements militants qu'associations loi 1901, davantage dans la mouvance "spontanéiste" ou "situationniste" des années post 1968 : le FHAR (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire), les GLH (Groupes de Libération Homosexuelle), les Gazolines.. nés dans les débuts des années 70, se forment dans les figures de la militance et des mouvements politiques libertaires, et pas dans les formes classiques associatives.

Peut être est-ce "David et Jonathan" qui prendra pour la première fois en France la forme d'une association déclarée loi 1901. David et Jonathan, mouvement chrétien interconfessionnel (catholiques - protestants), n'est pas un mouvement politique ni de revendication. Son premier but est l'autosupport (spirituel autant qu'humain). On pourrait le qualifier - dans une certaine typologie - d'association de membres. "DJ" nait en 1975.

Deux événements majeurs vont permettre l'utilisation de la forme associative déclarée (selon la loi de 1901) par les homosexuelLEs : les mesures concrètes prises par le premier gouvernement du président Mitterrand traduisant cette promesse de la campagne du candidat vainqueur en 1981 : "L'homosexualité doit cesser d'être un délit".

Le deuxième événement est un drame : l'irruption du virus du SIDA quelques années plus tard.

La militance politique homosexuelle connait alors une forte désaffection et le mouvement social homo prend une nouvelle forme: la militance de lutte contre le sida et pour la prévention et bénévolat de soutien, d'aide aux victimes. AIDES, Act Up, Chrétiens et Sida, l'AMG (Association des Médecins Gays) vont alors voir le jour, mais cette fois en ampruntant les voies et formes de l'asssociation déclarée. Associations de malades, associations d'aide, de soutien.... Changement radical. et ce n'est pas le dernier.

A SUIVRE

Vincent Cabanel

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