24.01.2008
Une arche échouée dans le désert
L'affaire de "l'arche de Zoé" a déjà fait couler beaucoup d'encre et de salive.
Il n'est pas dans mon propos de prétendre prendre la place des magistrats qui ont jugé les protagonistes de cette tragi-comédie, ni de ceux qui doivent maintenant gérer la situation depuis le transfert des six condamnés en France.
Je n'ai pas la compétence pour en faire un résumé synthétique, et donner un avis détaillé sur les multiples aspects de l'événement.
Je voudrais simplement appuyer certaines réflexions qui découlent assez simplement des informations à notre disposition, et relever quelques paramètres insuffisamment soulignés.
Le rôle de l’Etat dans cette affaire : une incroyable incurie
L'arche de Zoé est une association loi 1901. La souplesse de la loi de 1901 et le droit d'association reconnu par la République permettent aux citoyens une grande liberté d'initiative. Il n'y a pas d'autorisation préalable de la puissance publique pour la création d'une association. Pour autant l'Etat et les collectivités locales ne sont pas dépourvus de toute possibilité de contrôle sur les associations. Aussi je reste très dubitatif devant la façon dont le gouvernement s'est exonéré de toute responsabilité dans la prévention de cette calamiteuse expédition. Pour moi, il ne fait aucun doute qu'il y a eu carence et incurie profonde du gouvernement et des administrations en la matière. Ministère des affaires étrangères, ministère de la défense, service de renseignements de tout poil. (cf. cet article du Canard Enchaîné :arche_de_zoe.PDF.)
Une fois constatée cette incurie, il reste à savoir pourquoi ? L’espérance de pouvoir ramasser les marrons du feu et tirer un bénéfice de l'opération en cas de « succès » ? Faut-il aller jusqu'aux critiques que formule Rony Brauman (cf. interview télévisée sur le site du Monde): en tout cas il est certain que le concept d'ingérence humanitaire est un concept flou, un"concept valise" dans lequel chacun met un peu ce qu'il veut. Concept non élaboré, vrai-faux concept, en fait slogan dont la force émotionnelle masque la vacuité de contenu. Signe inquitéant en tout cas quant à l’état de la doctrine de ce gouvernement en matière de politique étrangère
« Devenez une ONG » pour les Nuls !
L'arche de Zoé est-elle une ONG ? Elle s'est auto-proclamée ONG (Organisation Non Gouvernementale). Mais il faut bien savoir qu’il n'existe pas de définition claire d'une ONG. (article Wikipedia ONG : "En l'absence de critères objectifs de la nature d'une ONG, la plupart des organisations intergouvernementales internationales (ONU, Union européenne, etc.) ont dressé une liste des ONG qu'elles reconnaissent comme des interlocuteurs valables.
On est là face à une association de quartier comme il en existe des milliers en France, qui est passée de l’action caritative classique pour le Tiers-Monde (comme on disait autrefois) à la volonté de mener une action humanitaire d’ONG. Et ce, dans un contexte de « dictature de l’émotion » autour des graves problèmes et drames du Darfour. En avait-elle les compétences ? Certainement non. Ni la déontologie, ni les savoirs, ni les savoir-faire.
Cela, me semble t’il est un phénomène nouveau, pas assez analysé. Cette « mutation » d’une association loi 1901 locale en ONG autoproclamée a bien sûr été permise par le développement récent et rapide des moyens d’actions des individus que nous sommes, dans nos sociétés occidentales : transports, financements, NTI (nouvelles technologies de l’information : informatique, multimédia, Internet, etc.) qui permettent un travail de réseau rapide et fort. Mais cet accroissement des moyens ne s’est pas accompagné en l’occurrence d’une formation « stratégique, éthique et politique ». Ce déficit d’intelligence et de formation a été catastrophique pour ces militants de l’arche de Zoé (dont je n’ai aucune raison de contester la générosité).
L'arche de Zoé est née à l'occasion d'un autre emballement émotionnel alimenté par les medias : le Tsunami de 2003. (cf. leur site). On avait pourtant vu déjà, avec l’alerte de Médecins du Monde notamment sur le montant des fonds récoltés, que ce n’était pas si simple de traduire une émotion populaire massive en action construite et pertinente.
L’enfance divinisée
Le culte irraisonné de l'enfance dans nos sociétés occidentales est sans doute un autre élément qui a favorisé toute cette dérive : dès qu'il s'agit d'enfants aujourd’hui, l'émotion l'emporte sur la raison (c'était un des facteurs de l'affaire d'Outreau). "Les orphelins du Darfour" ! Le slogan a tenu lieu d'objectif.
Je m’arrête à ces quelques réflexions pour aujourd’hui. Mais j’y reviendrai bientôt, parce que cette malheureuse expédition me semble un cas révélateur.
Vincent Cabanel
18:35 Publié dans Association | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : association, ONG



